La vingt-neuvième édition des Rencontres Internationales de Théâtre Universitaire, qui se tiendra du lundi 27 février au jeudi 1ermars 2012, consistera en une version allégée de l'événement. Comme tous les deux ans, le Théâtre Universitaire Royal de Liège propose en effet un « RITU maigre ». Rencontre avec Alain Chevalier, actuel co-directeur du TURLg, pour éclaircir les choix de la programmation et saisir les enjeux de ces Rencontres.
À l'occasion de cette vingt-neuvième édition des Rencontres Internationales, quelles seront les troupes invitées ? Quels pays seront représentés ?

Nous recevrons le Tartu Student Theatre d'Estonie mais aussi l'Utrecht School of the Arts des Pays-Bas. Il y aura ensuite Colchester, qui devait en principe être représenté par le Will-Power Group, constitué d'étudiants en formation professionnelle. Suite à un changement de programme, seule leur professeure se déplacera pour présenter un « one-woman show » portant sur des textes de Shakespeare. Nous compterons également parmi nous le Théâtre de l'Entr'Acte de Cracovie qui propose une pièce en français de Thierry Debroux, Le Livropathe. Konstanz nous présentera un work in progress, « FAUST 3 », basé sur les deux Faust de Goethe. Ce travail est en fait le fruit d'un projet mené en collaboration avec une université chinoise et dont la création aura lieu au Québec. L'Espagne sera aussi représentée par Abrego Producciones. Cette troupe espagnole est un contact que nous avons obtenu grâce à l'université de Dallas, aux États-Unis. Nous accueillerons également une troupe de Toulouse, qui jouera également en espagnol. Voilà pour la programmation du RITU 29.
Le RITU sera donc cette année exclusivement européen. Cela dit, cette observation ne relève que du constat et aucunement d'une obligation. Les choses se sont faites comme ça mais on aurait très bien pu recevoir des troupes marocaines ou africaines par exemple.
Quelles pièces trouveront leur place au sein de cette Rencontre ? La programmation fait-elle la part belle au théâtre classique ou insiste-t-elle au contraire sur des textes contemporains ? Un genre particulier sera-t-il mis à l'honneur ?
Lors des RITU light, nous tâchons essentiellement de programmer des pièces susceptibles d'attirer le public scolaire (secondaire ou supérieur). Il y a toujours une attention particulière accordée à la présentation de spectacles qui puissent intéresser les étudiants apprenant l'anglais, le néerlandais, l'allemand ou l'espagnol.
On demande quelquefois aux troupes de venir avec des spectacles qui correspondent à des moments importants de la littérature : il est plus facile d'attirer un professeur d'anglais avec une pièce de Shakespeare qu'avec une création contemporaine ou une création collective dans la même langue. Ce n'est pas quelque chose que l'on défend spécialement, on aimerait que le professeur engage sa démarche quel que soit le spectacle, dès lors qu'il est joué en anglais. Mais il est certain qu'on se trouve rapidement démuni lorsqu'on est face à une classe pour parler d'un spectacle sans outil pour l'aborder. Ce travail est facilité lorsqu'il s'agit d'une pièce de Shakespeare, de Goethe ou de Federico García Lorca.
Campus Theater(Konstanz) - Faust
Avec le RITU light, on tient à faire des restrictions budgétaires. On tente de réduire la part de fonds propres qu'on prend sur notre budget de fonctionnement. Il y a alors deux possibilités : augmenter les recettes et diminuer les dépenses. On essaie donc de réduire les dépenses tout en misant sur un public scolaire afin d'augmenter les recettes.
L'événement, connu du monde liégeois mais également sur le plan international, est ouvert à tout projet émanant d'un théâtre universitaire. Les propositions doivent être nombreuses et tous les candidats ne sont certainement pas retenus. Sur quels critères la sélection est-elle effectuée ?
La question du choix se pose généralement lors des gros RITU. Il n'y a toutefois pas de sélection à proprement parler. Nous considérons que si une troupe se déplace pour proposer un spectacle, avec toutes les démarches que cela entraîne, c'est qu'elle est convaincue qu'il y a quelque chose d'intéressant à montrer. Maintenant il est clair qu'il y a différents niveaux dans les théâtres universitaires eux-mêmes. Les situations sont tellement particulières, singulières qu'on préfère ne pas faire de sélection exclusivement basée sur des considérations esthétiques.
Alors sur quels critères la sélection repose-t-elle ? Là encore, on ne peut pas vraiment parler de critères. Quelquefois ce sont des troupes qu'on a envie d'inviter à nouveau. Quelquefois c'est justement une troupe qu'on ne connait pas et qu'on invite pour développer des échanges. Une autre fois, ce sera une troupe dont on a entendu parler. Parfois aussi les rencontres se font lors de festivals internationaux : on y découvre une troupe dont on apprécie le travail, on échange les cartes de visites et la machine est lancée.
Dans le cadre de cette édition, la programmation était assez serrée et nous avons dû refuser bien plus de groupes que les autres années. Le prochain RITU est d'ailleurs presque complet ! On a par exemple dû refuser l'université de Grenoble, qui était désireuse de faire partie de l'aventure, mais ça n'était malheureusement pas possible. Un de nos spectacles qui devait aussi être présenté, La Tour de Babel, ne sera pas joué car on ne pouvait le placer qu'à un seul moment et cela n'arrangeait pas la troupe.
Les invités sont soit des troupes que l'on sollicite directement soit des groupes qui nous adressent leur demande. Mais on remarque que les choses vont parfois un peu vite lorsqu'ils communiquent par mail : les gens écrivent un peu rapidement puis ne se manifestent plus au moment où nous travaillons sur la programmation.

Parmi les troupes invitées de ce RITU 29, trouve-t-on des partenaires de longue date ? Ou au contraire, l'accent est-il mis sur de nouveaux partenariats ?
Parmi nos anciennes collaborations, on compte Cracovie, qui est un partenaire de longue date. On peut déjà parler dans ce cas d'un vieil échange, nous avons d'ailleurs été invités à plusieurs reprises à leur Festival de Théâtre. Nous avons également eu de nombreux contacts avec l'Estonie : c'est déjà la troisième visite du Tartu Student Theatre à notre RITU, et nous avons aussi présenté plusieurs spectacles à Tartu. L'Utrecht School of the Arts a elle aussi déjà été présente chez nous mais c'est la première fois que nous travaillons avec ce groupe-là. Pour Colchester, c'est déjà la deuxième ou troisième collaboration.
L'université de Toulouse 2 le Mirail est par contre un nouvel échange qui tient finalement à peu de choses : c'était une ancienne connaissance qui y est maintenant professeure et avec qui j'ai renoué contact. Elle m'a parlé du RITU, du fait qu'il y avait pas mal de théâtre là-bas... et ensuite Robert Germay a pris le relais ! Nous irons également à Toulouse en mars pour présenter Le Procès, cela fait partie de l'échange. C'est une nouvelle collaboration et c'est une belle occasion : cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu de nouveaux contacts en France, et il est important de renouveler les choses.
Cette édition est un « RITU light », quelles sont exactement les conséquences sur le déroulement de l'événement ?
Cette année, nous avons apporté une nouveauté par rapport aux habituels RITU maigres, où l'on présente deux spectacles par jour pendant une semaine (alors que le RITU gras propose quant à lui trois spectacles par jour durant une semaine). Pour cette édition, nous avons décidé de réduire l'événement à quatre journées, avec deux ou trois spectacles par jour.
Au niveau interne, ces nouvelles mesures compliquent un peu les choses car elles bouleversent une certaine routine d'organisation. La réunion du Comex (Comité Exécutif) de l'AITU (Association Internationale du Théâtre à l'Université) se tiendra ainsi le jeudi plutôt que le samedi, le traditionnel colloque sera remplacé par une table ronde plus informelle, une seule soirée dansante plus intimiste sera organisée à la place des deux habituellement prévues,... Bref, nous sommes contraints de tout resserrer et d'abandonner certaines activités connexes. Par ailleurs, en réduisant le RITU à quatre jours, cela rend difficilement possible d'inviter des troupes issues de pays trop lointains. Ceci explique aussi la programmation européenne de cette édition. Mais le public aura tout de même la possibilité de découvrir sept spectacles étrangers en plus de celui du TURLg.
Au-delà des deux ou trois représentations proposées pour la plupart en soirée, que se passe-t-il au RITU ?
Nous voulons avant tout organiser un événement convivial. De petites choses sont ainsi mises en place pour favoriser les rencontres et les échanges. Les repas sont, par exemple, partagés par l'ensemble des participants. Il en va de même pour l'après-spectacle, qui constitue un réel point de ralliement et de rencontre. C'est également un moment essentiel car c'est un instant où des contacts informels peuvent se créer, autour d'un verre par exemple. Ce sont des moments très importants pour les échanges futurs.
Des ateliers sont également proposés aux participants. Ceux-ci sont organisés par des responsables de troupes invitées mais aussi par des internes du TURLg. Mardi, mercredi et jeudi, il y aura donc des ateliers mis en place, là encore de manière plus informelle que les autres années.
Pour la table ronde, nous avons choisi d'en revenir à ce qui était proposé lorsque le RITU a commencé. On voulait alors prévoir un moment où les gens puissent parler, présenter leur travail, ce qu'ils font et d'où ils viennent en plus de présenter leurs spectacles. Là aussi, c'est un moment privilégié car il permet des échanges. Un festival peut ainsi se monter parce que des personnes qui avaient les mêmes préoccupations se sont rencontrées au RITU. Cette table ronde, que l'on organisait aux débuts du RITU, a ensuite évolué vers des colloques car nous voulions centrer la réflexion autour de thématiques particulières. Nous reviendrons à cette formule l'an prochain. Cette année, la table ronde sera plus ouverte que les habituels colloques. Bien qu'elle soit prévue pour les responsables des troupes et pour les observateurs, nous accepterons les participants, acteurs ou étudiants qui désireront y participer.
Au programme du RITU 29, il y aura également cette réunion du Comex de l'AITU, limitée elle aussi dans le nombre des invitations. Il ne s'agira pas d'une réunion statutaire mais bien d'une réunion de travail pour préparer un congrès à Minsk.
Tartu Student Theatre Out at sea
À quel point cet événement est-il déterminant ?
Il ne faut pas s'envoyer des fleurs mais le RITU est cité en exemple partout ! Il y a quelques années, Jean-Marc Larrue, actuel président de l'AITU (association qui doit d'ailleurs sa naissance au RITU), avait souligné que le RITU constituait un exemple pour l'ensemble des théâtres universitaires.
Nous bénéficions en effet d'une certaine routine, d'une expérience, et nous organisons aussi les choses selon une certaine façon (pas de prix, des activités annexes, une manière aussi de recevoir les gens,...) Des personnes viennent parfois pour puiser des idées, aussi bien dans le fonctionnement et l'organisation de l'événement que dans la programmation et ensuite inviter à leur tour certains spectacles découverts chez nous. Nous avons d'excellents contacts avec l'Université de Sarrebruck, notamment depuis le projet UGR (Université de la Grande Région). Ils veulent non seulement venir, mais aussi – et ils le disent explicitement – faire un RITU !
Nous en sommes à notre vingt-neuvième édition, et nous connaissons les aléas de l'organisation d'un tel événement. Les choses roulent assez facilement, notamment grâce à l'ensemble de l'équipe.
Le RITU se définit comme « une rencontre festive » plutôt que comme un festival. Il est un lieu de confrontation et d'échange d'expériences, d'esthétiques et de méthodologies. Qu'est-ce qui marque celles du TURLG ? Peut-on parler d'une griffe ?
Le festival sous-entend des prix alors que le RITU est avant tout une rencontre. Nous préférons en effet mettre l'accent sur l'échange. Se rencontrer, accepter le spectacle de l'autre, quels que soient sa qualité et son aboutissement, constituent pour nous des priorités.
Le TURLg est un théâtre voyageur. C'est donc un théâtre qui a l'habitude de jouer devant des publics qui ne connaissent pas nécessairement la langue du spectacle. Le TURLg se caractérise donc par au moins deux choses : la création de spectacles qui tiennent dans une valise et qui ne sont pas uniquement centrés sur le texte. Nous essayons en effet de faire en sorte de voyager avec le moins possible. Ca n'est ni une bonne ni une mauvaise chose, c'est une question purement pratique. Si nous devons prendre l'avion pour partir en tournée, nous n'avons pas le budget pour embarquer des tonnes de décors. Ca doit donc être le plus petit et le plus léger possible ! La volonté de ne pas vouloir centrer uniquement les spectacles sur l'écoute du texte nécessite de rendre le plateau vivant. Le jeu d'acteur, l'action, le concret sur le plateau au-delà du texte sont des éléments essentiels.
Les spectacles créés par les groupes issus du TURLg et présentés lors des Rencontres Internationales (cette année, Le Procès), sont-ils sélectionnés pour leur caractère représentatif de l'institution ?
Turlg - Le Procès © Amaury Piret Les spectacles sont moins choisis parce qu'ils sont représentatifs de l'institution que parce qu'ils peuvent convenir au public du RITU. La question du public reste centrale. Mais même si on peut déceler la griffe du TURLg, il n'y a pas de spectacles représentatifs à proprement parler.
Des projets de collaboration sont-ils déjà en cours concernant la prochaine édition des Rencontres, qui sera présentée dans sa version riche ? Le TURLg pourra-t-il se targuer de nouveaux partenariats issus de nouveaux horizons ?
Il faut savoir que le RITU, c'est aussi l'occasion de rendre des invitations. Pour l'instant, nous sommes en contact avec l'Inde, avec le Brésil, avec Grenoble qu'on a dû refuser pour cette édition et qu'on espère recevoir l'an prochain,... Bref, on est déjà en train de penser au RITU 30. Le projet de Konstanz est, entre autres, intéressant car il pourrait nous mettre en contact avec la Chine, avec laquelle nous n'avons encore jamais collaboré. Dans les autres partenariats, nous avons également Sarrebruck, où nous irons jouer et que nous espérons recevoir l'an prochain au RITU...
Plus d'informations pratiques sur : http://www.turlg.be
Lison Jousten
Février 2012
Lison Jousten est étudiante en 2e année du Master en Arts du spectacle, finalité Spectacle & Images numériques.



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