Énergique dramaturgie de Bruno Mantovani
Mantovani

L'Orchestre Philharmonique Royal de Liège a enregistré, sous la direction de Pascal Rophé, trois œuvres impressionnantes du jeune compositeur Bruno Mantovani, avec deux artistes remarquables : Tabea Zimmermann et Antoine Tamestit. 

Bruno Mantovani est né en 1974. Il fait partie de cette nouvelle génération de compositeurs qui commencent à émerger depuis 2000 et dont la jeunesse a baigné dans les œuvres de György Ligeti, Iannis Xenakis, Pierre Boulez,  Gérard Grisey, Tristan Murail, ou Pascal Dusapin, le tout mêlé de jazz, de chansons populaires  et de musiques électronique. À 8 ans à peine, à la batterie, il jouait Ionisation de Varèse.  À 15 ans, il donnait en concert une pièce d'électro-acoustique de sa composition.

 De cette jeune génération, Mantovani est sans aucun doute aujourd'hui  le plus demandé et le plus joué. Très vite repéré par Pierre Boulez, qui inscrit de ses œuvres à son répertoire, et joué par des instrumentistes de renom,  Mantovani  vit un début de carrière fulgurant.  On le retrouve à l'affiche de nombreux festivals et dans le programme de nombreux orchestres, et non des moindres. Les distinctions pleuvent  sur lui depuis 1999,  des récompenses accompagnent ses enregistrements discographiques. Ce succès phénoménal  lui vaut des commandes nombreuses et constantes émanant des ensembles les plus prestigieux et des plus grands orchestres et maisons d'opéra, tant et si bien qu'il a cette chance extraordinaire  de composer le type de pièces  qu'il souhaite quand il le souhaite, passant  d'œuvres pour instruments solistes,  à des compositions pour grands ensembles et de musique pour orchestre de chambre, à l'opéra. Il peut se permettre d'organiser ses compositions en évitant les successions de pièces de même genre, de manière à se renouveler et à développer son propre matériel musical. 

Acteur incontournable de la musique contemporaine, compositeur prolifique, présent sur tous les fronts – son site web fait état de plus de 80 œuvres déjà, sans compter celles qu'il a supprimées de son catalogue –,  Bruno Mantovani  fait partie de cette génération qui puise les éléments de son inspiration dans des sources très diverses pour en faire une œuvre originale. De son propre aveu, en comparaison avec la génération de Boulez, le mode de composition de sa génération se situe davantage dans une logique de synthèse que d'invention pure. Il cherche dans tous les genres musicaux et dans toutes les époques les matériaux qu'il pourra utiliser pour construire sa personnalité. Ses goûts sont très éclectiques et mouvants : Mantovani apprécie Mozart (après l'avoir détesté longtemps), Beethoven, Haydn, Schoenberg, Webern, Varèse, mais aussi  le jazz avec Miles Davis, la chanson avec Michael Jackson, et la musique électronique.  Il a soif de connaître, de s'ouvrir à toutes les esthétiques. Ainsi, Mantovani  interroge beaucoup  l'histoire de la musique –  il est d'ailleurs diplômé de musicologie – avec  notamment des compositeurs comme Bach, Gesualdo, Rameau, Schubert, Schumann, mais aussi les répertoires populaires, le jazz et musiques orientales. C'est pour lui un moyen d'alimenter son propre langage. Pour les mêmes raisons, il essaie aussi de s'intéresser à des esthétiques et des langages qu'il n'a pas encore vraiment approchés, comme, par exemple, celui d'Helmut Lachenmann.

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L'inspiration, il la trouve aussi dans d'autres arts, bien entendu. La musique est souvent proche de la littérature, ne serait-ce que pour les textes des cantates et les livrets d'opéra.  Ainsi, son opéra de chambre  L'enterrement de Mozart résulte d'une collaboration avec l'écrivain Hubert Nyssen, qui lui a proposé son conte « baroque et ubuesque »,  pour le festival de Besançon en 2008. Il compose aussi sur des poèmes de Rilke (Cantate n°1), Leopard (Cantate n°2), Pilinsky (Cinq poèmes de Janos Pilinsky), etc.  L'opéra qu'il vient de créer à Paris était consacré à la poétesse russe Akhmatova, même s'il faut avouer que Mantovani  ne s'est intéressé là qu'à l'aspect politique de sa vie. Interrogé sur ce point, il répond que les artistes ont aussi un rôle politique à jouer dans la société et que l'opéra est la forme de musique où s'expriment le mieux les idées  et la polémique. En même temps, l'opéra est un genre contraignant, puisque le compositeur doit prendre en compte le texte, la mise en scène, la dramaturgie, etc.  Ce n'est pas là que Mantovani  exprime le mieux sa personnalité.

Grand amateur  de gastronomie et de vins, il a plusieurs fois  travaillé sur les rapports entre la musique et le goût, en collaboration avec des cuisiniers ou œnologues. Lui-même apprécie se mettre aux fourneaux et inventer un repas, comme une partition. Il aime improviser sa musique en fonction des plats et des vins qu'il déguste, cherchant dans son vocabulaire musical des correspondances aux  formes, goûts et textures des aliments. La gastronomie est une discipline qui le nourrit intellectuellement, une expérience sensorielle qui lui offre des thématiques de travail. Ainsi, en hommage au cuisinier espagnol  Ferran Adrià, il compose le Livre des illusions qui traduit en musique les saveurs du menu de 35 plats.  Le champagne est aussi à la base de Quelques effervescences...

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