Préhistoire en vallée mosane
Après un focus sur les liens entre les bandes dessinées de René Hausman et la préhistoire, le Centre archéologique de la grotte Scladina, également chantier-école de l'Université de Liège, vient d'inaugurer sa nouvelle exposition, qui présente de fabuleux « trésors préhistoriques andennais ».

Motivée par la parution d'un ouvrage consacré au patrimoine archéologique et géologique de la vallée mosane, l'exposition de Scladina s'intègre dans un événement plus vaste. En effet, la ville d'Andenne propose aux visiteurs un voyage dans le temps et l'espace jusqu'au 14 décembre 2011, afin de découvrir le patrimoine historique et préhistorique de la région. Le volet « Préhistoire » est donc accueilli au Centre archéologique de la grotte Scladina, à Sclayn, tandis que la partie « Histoire » est abritée par le Musée de la Céramique d'Andenne.

« Trésors préhistoriques andennais » emmène le visiteur dans la vallée de la Meuse, en haut des plateaux, au fond des grottes... et lui fait remonter le temps de plusieurs dizaines de millénaires. C'est à la grotte Scladina que les plus anciens « andennais », des néandertaliens, se sont installés à plusieurs reprises pour des périodes de courte durée. On y retrouve des outils taillés, des reliefs de repas mais également les restes du désormais célèbre « Enfant de Sclayn », âgé de 8 ans et 17 jours et qui vécut il y a près de 100 000 ans avant notre ère. Ces antiques occupations sont les premières d'une longue série : à travers les âges, les hommes viennent coloniser la région, pour finalement ne plus la quitter. « La variété des paysages d'Andenne, avec ses vallons encaissés et ses promontoires, ses cavités naturelles offrant abri ou sépulture, ses forêts giboyeuses et ses cours d'eau ont exercé un grand attrait sur les hommes préhistoriques », précise Dominique Bonjean, directeur du Centre archéologique de la grotte Scladina.

60 sites Ö Andenne

Trente sites, éparpillés dans toute la région andennaise, sont illustrés dans l'exposition de Sclayn. Il s'agit cependant d'une sélection parmi un plus vaste ensemble de lieux. Le choix a été fait tout d'abord sur base de la disponibilité des objets. En effet, si une partie du matériel archéologique provient de collections publiques (Institut des Sciences Naturelles de Belgique, l'association « les Chercheurs de la Wallonie »), l'autre partie est issue, quant à elle, de collections privées et pour la première fois montrées au public. Ces vestiges ont été récoltés par deux amateurs andennais. Jacquy Pierre prospecte toute la région andennaise.depuis les années 80. Roger Lavigne s'intéresse, quant à lui, à une grotte des alentours de Goyet, dans les années 60-70. Ces différentes récoltes ont permis de préserver une bonne trace de sites aujourd'hui disparus. Ces collections sont exceptionnelles car exhaustives d'un point de vue archéologique. En effet, l'exhaustivité est une condition sine qua non si l'on veut pouvoir étudier sérieusement le matériel récolté. « Certains amateurs triaient pour ne conserver que la crème, assure Dominique Bonjean. Ceux-là ont fait plus de dégâts qu'autre chose, car aujourd'hui les archéologues ne possèdent plus qu'un ensemble tronqué, qui ne représente pas la réalité préhistorique ». Il faut cependant noter que, depuis 1991, la législation oblige chacun à déclarer aux autorités une découverte à caractère archéologique et que toute fouille est soumise à l'approbation d'une commission d'experts avant d'être autorisée.

Pointe de Fleche neolithique
Pointe de flèche néolithique

L'équipe du Centre archéologique de Sclayn a donc rassemblé, choisi et mis en scène ces traces de notre lointain passé, depuis les chasseurs-cueilleurs néandertaliens jusqu'aux agriculteurs néolithiques. L'exposition fait la part belle aux matériaux naturels : troncs de bouleaux et de hêtres rythment la succession des vitrines, dont les fonds garnis de copeaux, sables et graviers soulignent l'élégance de fines pointes de flèches ou mettent en valeur la puissance d'une gigantesque mâchoire d'ours des cavernes. « Nature et préhistoire sont intimement liées, souligne Dominique Bonjean. Il existait alors une sorte d'équilibre préservé entre les hommes et la nature. De plus, il faut savoir que durant la préhistoire, les hommes ont beaucoup travaillé le bois, pas uniquement la pierre et l'os. Malheureusement, ce bois se décompose rapidement et on n'a pu le conserver que dans des cas très rares. Le replacer en quantité dans l'exposition nous permet de rétablir l'équilibre entre les matériaux ».

crane ours cavernes

L'ouverture de cette nouvelle exposition coïncide également avec le début de « l'été archéologique », qui permet à tout un chacun de mettre les pieds sur un véritable chantier archéologique. En effet, la grotte Scladina est l'unique site de fouilles préhistoriques permanentes en Belgique. Durant tout le mois de juillet, elle constitue également un lieu de stage pour de nombreux étudiants en archéologie, belges (venus notamment de l'Université de Liège) ou étrangers. Dominique Bonjean insiste sur cette mission prioritaire : « fouiller un site implique sa destruction inévitable. Il est donc capital de former les futurs archéologues afin qu'ils comprennent au mieux le site qu'ils sont en train de fouiller. Cet apprentissage doit également être associé à une bonne connaissance des sciences naturelles. Si l'homme a taillé les silex que nous étudions, c'est la nature qui a rempli la grotte qui les contient. Il faut donc un bagage conséquent en sciences naturelles ainsi qu'une bose dose d'humilité pour démonter intelligemment ce que la nature a construit et ainsi éviter la perte d'informations au cours de la fouille. Je le dis souvent aux étudiants :  pour maîtriser la nature, il faut commencer par lui obéir... »

Élise Delaunois
Juin 2011

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Diplômée en Histoire de l'Art et Archéologie à l'ULg, Élise Delaunois est spécialisée en archéologie préhistorique et consacre ses recherches au Paléolithique moyen.

 


 

Renseignements pratiques
L'expo : « Trésors préhistoriques andennais ». À voir jusqu'au 14 décembre 2012, du lundi au vendredi, de 10h à 16h et chaque premier dimanche du mois, de 14h à 18h.
« L'été archéologique » : du 1er au 28 juillet, du lundi au vendredi. Départ de la visite à 14h.
Adresse : Centre archéologique de la Grotte Scladina, Rue Fond des Vaux 339d, 5300 Sclayn-Andenne. www.scladina.be
Le livre : E. GOEMAERE (dir.), « Terres, pierres et feu en vallée mosane ». Collection Geosciences du Service Géologique de Belgique. Institut royal des Sciences Naturelles de Belgique. 554 p. En vente au prix de 28€.