Lux in Tenebris

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Du 26 au 29 janvier 2012, quatre représentations de Lux in tenebris de Brecht seront données au Théâtre Universitaire Royal de Liège. Une occasion de découvrir le monde de ce « phénomène du théâtre allemand » qui influence encore aujourd'hui nombre de troupes.

Eugen Berthold Friedrich Brecht est un dramaturge, poète, metteur en scène et théoricien du théâtre  né en 1898 en Bavière (Allemagne). Dès son plus jeune âge, il commence à écrire des textes antimilitaristes fortement influencés par l'horreur de la guerre à laquelle il prend part en tant qu'infirmier dès l'âge de vingt ans. Plus tard, confronté à la montée du nazisme, l'auteur marxiste est contraint de partir en exil. D'abord au nord, dans les pays scandinaves, et ensuite aux Etats-Unis où lui seront reprochées des attitudes communistes et maccarthystes. Il revient finalement en Europe et décède à Berlin-Est (RDA) en 1956.

L'auteur, tout au long de sa vie, a été prolifique et a touché à tous les aspects de la chose théâtrale. Il a écrit près de quarante pièces : « Les plus grandes de son répertoire posent la question de la forme théâtrale tel que  l'Opéra de quat'sous. Cette pièce n'est autre qu'une critique de la forme de l'opéra, qualifié de théâtre typiquement bourgeois. D'autres plus petites développent des problématiques souvent marxistes ou dialectiques », explique Alain Chevalier, metteur en scène et co-directeur du TURLg avec Dominique Donnay. Brecht, prolifique a-t-on dit ? Il a également travaillé des œuvres classiques, des poèmes, des œuvres théoriques magistrales... et a même créé son propre théâtre berlinois « Berliner ensemble », où ses pièces sont mises en scène  ainsi que des œuvres du répertoire classique après son retour d'exil en 1949.

 

 

Lux in tenebris

Pour lutter contre la propagation des maladies sexuellement transmissibles, Padük monte au créneau. Il plante son chapiteau au cœur d'un quartier chaud où il monte une exposition et donne une conférence pour l'éducation populaire. En effet, il considère que la prostitution est le fléau de la société. Son but est de mettre en garde les hommes sur le chemin de la tentation. La presse, l'église, l'administration salue la campagne d'éducation sexuelle et morale de l'homme mais son intervention finit par ressembler davantage à un spectacle burlesque qu'à une conférence scientifique.

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La pièce de Brecht, écrite en 1919 alors qu'il n'avait que 20 ans, cache nombre de considérations financières et se place comme une critique forte du capitalisme en matière de santé. L'œuvre qui s'inscrivait dans l'actualité allemande de l'époque (où une importante campagne d'information sur les MST avait lieu) n'est pourtant toujours pas dépassée. « C'est une analyse de la société qui est encore correcte aujourd'hui en ce qui concerne la société capitaliste, l'exploitation de certaines personnes plus démunies et des prostituées (qui sont, par ailleurs, muettes dans la pièce afin de montrer qu'elles n'ont pas leur mot à dire dans la société). Finalement, on peut encore trouver ça de nos jours, à plein de niveaux », confirme Axelle Labeye, actrice au TURLg depuis trois ans. D'ailleurs, la pièce n'est pas près de se démoder, selon Marc Steurs, acteur : « Elle n'a pas pris une ride et je pense que dans cent ans, elle sera toujours d'actualité avec les même problèmes de société, à moins que le monde évolue fortement en ce qui concerne le capitalisme ». Une mise en lumière de la face cachée de notre société !

Le TURLg en mode brechtien                               

Le Théâtre Universitaire Royal de Liège a aujourd'hui septante ans. Avec ses centaines de participants dont 75 % d'étudiants, plus de cent  spectacles ont été mis en scène et  présentés dans une trentaine de pays depuis sa création. Très diversifié, le TURLg  propose aussi bien des classiques français ou grecs que des contemporains belges, allemands ou polonais. Après Aristophane, Fassbinder, Érasme, Tom Stoppard, Pinter, Bernhard, Mrozek ou Shakespeare... c'est à Brecht qu'ils ont choisi de s'attaquer, « un colosse dans le domaine du théâtre », comme le rappelle Alain Chevalier. Plusieurs raisons les ont poussés à travailler sur cet auteur. Tout d'abord, Robert Germay, l'ancien directeur du TURLg  et actuel président de l'asbl, a fait sa thèse de doctorat en allemand sur Brecht et son influence dans le théâtre allemand des années 50. Ensuite, Alain Chevalier, qui est arrivé au TURLg en 1982, avait envie d'approfondir ses connaissances sur Brecht à la fois par la lecture des textes théoriques de ce dernier que par la mise en scène d'une de ses pièces, ce qu'il a proposé à l'ensemble des participants du projet. Quant à Lux in tenebris, c'est une pièce qui n'est pas souvent à l'affiche et cet élément entre en compte dans le choix des œuvres présentées par le TURLg. « Nous ne souhaitons pas reprendre les grandes pièces du répertoire qui sont jouées à tour de bras. Ça nous permet de faire un travail beaucoup plus original et de ne pas chercher à copier ou à rivaliser avec d'autres », confirme Alain Chevalier. De plus, Brecht est facile à lire. « Il n'utilise pas des phrases alambiquées. Quand vous lisez ces pièces, c'est limpide et plein d'humour contrairement à ce que l'on pourrait croire ».

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 « Ainsi va le monde, le monde va mal, mais il est par nature transformable »  (Brecht)

La méthode brechtienne est incontournable : « Nous considérons qu'il est impossible de faire du théâtre sans s'être, un tant soit peu, intéressé à Brecht, explique le metteur en scène. D'ailleurssa méthode est en filigrane de tout ce que nous faisons au TURLg, que ce soit dans les répétitions, dans la manière d'aborder les textes, dans la relation que l'on se donne avec la chose théâtrale ou dans la relation aux acteurs, aux personnages et aux publics... »

Le théoricien du théâtre est fortement influencé par la sociologie contemporaine. Son œuvre est d'ailleurs tout à fait originale tout comme sa réflexion sur la matière théâtrale et sur la fonction de celle-ci dans la société. En fait, Brecht tente d'exercer l'œil critique du spectateur ou des acteurs (entre autres sur le capitalisme et sur la société) de manière à ce qu'il puisse, par après, influencer les processus sociaux d'aujourd'hui. Il cherche en permanence à avoir une prise sur la société dans laquelle il se trouve et veut qu'on regarde le monde comme les scientifiques des sciences dures regardent la nature. Il suffit d'ouvrir l'œil pour s'apercevoir que les processus sociaux sont observables et d'avoir un regard critique sur tout : les représentations théâtrales, les représentations qu'on se fait nous-mêmes de la société ou qu'on nous a imposées ou inculquées... C'est ce principe de distanciation qui a déterminé toute la réflexion brechtienne. C'est le fait, comme Galilée dans sa réflexion physique, de s'interroger sur des phénomènes omniprésents mais que l'on finit par ne plus voir et de se dire à un moment : c'est curieux !  On prend alors de la distance, on observe les choses et on s'étonne. C'est à ce moment précis que l'on peut tenter de les transformer !

Marie Flaba
Avril 2011

 

À voir : La vidéo réalisée par ULgTV 

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À voir, dans la salle du Théâtre universitaire royal de Liège
quai Roosevelt (derrière la place du 20-Août)
le 26 janvier à 18h30, les 27 et 28 janvier à 20h30 et le 29 janvier à 15h

Plus d'informations sur le site du TURLg