
Grâce à la ténacité et l'opportunisme de son chef Patrick Baton, l'orchestre du Conservatoire royal de musique de Liège aura été le premier au monde à jouer la version intégrale et inédite de la « Fantaisie pour piano, chœur et orchestre » de Beethoven.
Il paraît incroyable que l'œuvre du génial compositeur allemand, forte près de 550 pièces en tout, minutieusement répertoriées de très longue date, recèle encore des trésors cachés 185 ans après sa mort. Et pourtant, c'est à Liège que le public aura pu (ou pourra, selon le moment où vous lirez ces lignes) entendre pour la première fois au monde la version complète de cette « Fantaisie ». « C'est une œuvre pourtant bien connue de Beethoven, qui préfigure la célèbre 9e symphonie, dont elle est une sorte de brouillon », souligne Patrick Baton. « Elle a été créée en concert par Beethoven lui-même au piano en 1808. À l'époque, Beethoven a improvisé une cadence au piano pour introduire l'œuvre, cadence qui a ensuite été transcrite et est donc désormais jouée telle quelle lors des interprétations de la Fantaisie. Mais par la suite, Beethoven a voulu compléter l'œuvre en écrivant un accompagnement de cordes pour cette cadence. Sans doute pour un concert qui n'eut jamais lieu. Cette partition n'a jamais été retrouvée mais des musicologues passionnés ont par contre retrouvé les copies des musiciens : violonistes, altistes, violoncellistes. On sait que cela n'a jamais été joué car ces copies présentent encore de petites erreurs de copistes que, s'ils l'avaient jouée, les musiciens auraient corrigées. »
Des musicologues français et hollandais se sont donc penchés sur ces copies pour reconstruire la partition initiale: 26 mesures de cordes, soit quelques minutes à peine, qui accompagnent la cadence au piano qui ouvre cette Fantaisie. Beethovéniste passionné, Patrick Baton a eu vent de cette reconstruction et décidé de la faire jouer à son orchestre, composé d'étudiants du Conservatoire. « J'ai passé des nuits et des nuits à dialoguer par courriel avec les musicologues pour mettre cette interprétation au point, sourit-il. C'est très émouvant pour les jeunes musiciens comme pour moi d'être les premiers à faire retentir ces notes dans une salle de concert. »
D'autant que cette « première » a bien failli ne pas en être une : l'Orchestre Symphonique National de Washington avait prévu de jouer cette version revue et corrigée de la Fantaisie en juin 2010. Mais la soliste avait refusé net, estimant que cet accompagnement d'orchestre allait perturber « sa » cadence au piano. « Une crise d'ego bienvenue pour nous », sourit Patrick Baton.
Liège aurait par ailleurs pu être beaucoup plus directement liée à la personnalité de Ludwig van Beethoven : il s'en est fallu de très peu que l'homme ne naisse à Liège. Son père Johann, ténor et musicien lui-même, a en effet postulé en 1770 à la succession de Jean-Noël Hamal comme maître de musique du chapitre de la Cathédrale Saint-Lambert. Mais il ne fut pas retenu et s'en alla exercer à Bonn où Ludwig naquit quelques mois plus tard ! Un natif célèbre raté de peu!
Pierre Morel
Mars 2011
Pierre Morel est journaliste indépendant

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